Notice biographique

Frans Masereel
Blankenberge 1889 - Avignon 1972
Notice biographique rédigée par Roger Vander Linden (Mechelen, Belgique)
 

1889
Frans Laurent Wilhelmina Adolf Lodewijk Masereel naît le 30 juillet 1889 à Blankenberge. Le lendemain, son père Frans Jaak Masereel, rentier agé de 42 ans, présente le sexe mâle du nouveau-né  au bourgemestre de Blankenberge ; obligation communale formelle.  Deux enfants portant le même nom de famille suivront :  Robert en juillet 1891 et Marie-Louise en avril 1893. Le riche veuf Frans Jaak (François) Masereel  se remarie le 22 octobre 1887 avec Louise Vandekerckhove.  Les deux familles appartiennent à la  bougeoisie gantoise aisée. Lui frôle la quarantaine, sa jeune épouse vient de fêter son 19me anniversaire :  elle a à peine cinq ans de plus que son  beau-fils Adolphe.
1894
1889    Début 1894, la famille déménage à Gand. François Masereel y  décède le 07 novembre 1894.  Chaque année  maman et enfants rejoignent la petite ville balnéaire de Blankenberge.  « Le spectacle de la mer » continuera à émerveiller le petit Frans et sera une source  d’inspiration inépuisable.
1897
La jeune veuve Masereel se remarie le 25 février 1897 avec le gynécologue Louis Lava.  Deux enfants Lava suivront :  Lucie en 1898 et Félix en 1900.
La signification de ce flamingant francophone, libéral et libre-penseur est  cruciale au sein de la famille  Masereel.  Ses idées radicales en matière  de liberté et de solidarité marqueront – une vie entière - la vision de Frans Masereel pour un monde meilleur et une société plus juste.
1895-1910
Après l’Ecole Moyenne Frans séjourne pendant un an l’Athénée Royal de sa ville. Il s’y montre fort indiscipliné et assez rêveur ; seul le dessin l’intéresse.
En 1906 Frans s’inscrit pour un cours de trois ans à la « Stedelijke Ambachtsschool voor Jongelingen ». La formation dans « L’Ecole du Livre » gantoise comprend : la typographie, la lithographie et l’atelier de composition. Frans s’en servira volontiers plus tard.
D’octobre 1907 à octobre 1910 Frans est inscrit aux cours du soir à « L’Académie des Beaux Arts ». Son professeur Jean Delvin offre heureusement à Frans une belle échappatoire lui permettant de se libérer d’un académisme étouffant sans la moindre fantaisie. Frans gardera pour toujours un excellent souvenir de ce professeur exceptionnel et homme de culture hors du commun.
D’autant plus important encore sont les évasions que Frans entreprend pendant son apprentissage en compagnie de Jules De Bruycker, aquafortiste-dessinateur-aquarelliste. Grâce à lui Frans apprend à voir et à découvrir au-delà de toute barrière, sociale ou autre.
1909
La chance lui sourit au tirage au sort : Frans est exempt du service militaire  et automatiquement incorporé par la suite dans la « Garde Civique Gantoise ». Premier voyage à Paris.  Dessins et esquisses montrent des individus en marge de la société parisienne.
1910 Voyage en Tunisie en compagnie de son amie française et future épouse Pauline
Imhoff (née en 1878). Y séjourne presque un an.  Malgré cette période relativement courte sur le continent africain – monde arabe,  soleil  torride-  on peut parler non sans raison d’une période « orientaliste » dans l’œuvre de Masereel.
1911
A partir de décembre 1911  Frans habite à Paris avec Pauline et sa fille de douze ans Paule Thomas.  Ils ont élu domicile dans le 5me arrondissement, au no 3 de la rue de Navarre.  Le jeune « artiste-peintre » essaie de « faire son trou » dans la capitale française où il réside encore un an après le début de la guerre.
1912 Première participation au « Salon des Indépendants » avec trois dessins.  Son ambition pour l’illustration d’un numéro complet de « L’Assiette au Beurre » échoue.  L’ hebdomadaire populaire rend son dernier souffle et disparaît peu de temps après.
1913
Amitiés avec Henri Guilbeaux, propagandiste radical d’un mouvement syndical anachiste – révolutionnaire.  Masereel fait sa connaissance et l’estime comme germaniste éminent, poète et écrivain, ami de Stefan Zweig, Romain Rolland, Léon Bazalgette, Rainer Maria Rilke et Emile Verhaeren.
Deuxième participation de Masereel aux « Indépendants » avec quelque succès. Grâce à Guilbeaux, Masereel réussit à illustrer plusieurs numéros de « Les Hommes du Jour ».
Avec l’aide de livres  et de magazines sur l’art, Masereel se familiarise avec les graveurs sur bois anonymes et les « imagiers » du 15me siècle, l’oeuvre d’Albrecht Dürer, de vieilles cartes à jouer, l’imagerie d’Epinal, les livres-images et les « biblia pauperum » du haut moyen âge. Un certain Quatreboeufs  initie Masereel à la gravure sur bois. Les premières transpositions sur bois de dessins à la plume – dans toute leur timidité - annoncent déjà les compositions énergiques et vigoureuses de
quelques années plus tard.
1914 Au début de la guerre Masereel se trouve en Bretagne.  Trois jours plus tard il surgit à Gand.  Ici il est rayé dans les régistres communaux de lapopulation.  Il n’est pas clair quelles sont ses obligations militaires.  Début octobre Masereel rentre à Paris via Dunkerque.  Il ne verra plus ses parents pendant six ans et ne  remettra les pieds à Gand que quinze ans plus tard.
Masereel donne une vision réaliste de l’horreur de la guerre dans « La Grande Guerre par les artistes » et dans le roman de Roland De Marès « La Belgique Envahie ».  Pas d’humour grotesque, sûrement pas la moindre « Kriegsbegeisterung », pas de complainte non plus contre ce patriotisme naïf et primitif qui envoie une masse anonyme comme chair à canon dans les  tranchées. Cependant Masereel s’aperçoit très vite que seuls les fabricants d’armes et autres parasites et accapareurs bénéficient de cette littérature  qui prône haine et jusqu’au-boutisme dans les journaux . Ultime sonséquence : empoissonnement  de l’opinion publique et unique résultat : mort et destruction des deux côtés. Romain Rolland  poursuit en Suisse son combat solitaire contre l’hystérie des masses qui submerge l’Europe d’une folie mensongère.  Avec son pamphlet  « Au-dessus de la mêlée » il devient l’ennemi public numéro un.
1915 Non sans difficultés Masereel obtient un visa pour l’étranger et rejoint Henri Guilbeaux à Genève.  Il entre au service du
« Comité International de la Croix Rouge » comme collaborateur bénévole. Il se lance avec acharnement dans l’action pacifiste.
Fin 1915
Masereel élabore les illustrations pour Verhaeren. L’édition bibliophile « Quinze poèmes d’Emile Verhaeren » voit le jour beaucoup plus tard en juin 1917, circonstances de guerre aidant.
1916 Entretemps Masereel travaille comme illustrateur au mensuel « Demain » de Guilbeaux et au mensuel « Les Tablettes » de Claude le Maguet,  pseudonyme pour Jean Salives.
1917 Le premier numéro de « La Feuille » paraîtra le 28 août.  Masereel devient incontournable dans la rédaction du journal.  Chaque jour il fournit « à la une » une illustration avec commentaires sur les événements de la guerre. Chaque soir Masereel entre à la rédaction, parcourt les nouvelles de la journée et se met au travail. Il dessine sur une plaque de zinc à l’ encre épais résistant à l’acide.  La plaque est traitée dans une solution acide, sortie et rincée, ensuite clouée sur une planche – hauteur typographique -  et le travail de l’imprimerie commence.  Plus  de retouche ou de camouflage !  Heureusement Masereel a l’idée sublime de réaliser un tirage –quelques feuilles seulement – sur beau papier  pour ses propres archives. Le dernier numéro de « La Feuille » paraît le 14 août 1920. Malgré beaucoup de hauts et de bas presque mille numéros verront la lumière. Cet exercice journalier est de la plus haute importance dans l’évolution artistique de Frans Masereel.  La maîtrise et le naturel incroyable avec lesquels Masereel commence à brosser des aquarelles dès le début 1920 trouvent leur origine ici. Pendant la période génevoise Romain Rolland devient indiscutablement le « maître à penser » de son jeune compagnon de route, de 23 ans son cadet. La personnalité aimable mais impressionnante de Rolland, son érudition,  son intégrité et son autorité naturelle lui accordent un  rayonnement et un prestige mondial.  Malgré un cercle d’amis  parmi l’élite intellectuelle de cette planète, Rolland reste jusqu’à ce jour un personnage controversé en France. A côté de Rolland il y a bien sûr Stefan Zweig.  Pour sa tragédie « Jeremias » il se rend à Zürich et est aceuilli dans « la bande à Rolland ».  Une amitié profonde relie les amis.  Le suicide abrupt de Stefan Zweig à Petropolis au Brésil en 1942 choque profondément ses confrères. En 1917 paraissent également les premières suites de bois gravés : « Debout les Morts »  et  « Les Morts parlent ».  Une critique acerbe contre toute violence et l’horreur de la guerre. Le graveur sur bois évolue vers le sommet.  Des romans en images et livres illustrés  suivront à une allure frénétique les années suivantes. Edition « chez l’auteur » de :  25  Images de la passion d’un homme. Connaissance avec  Hans Mardersteig de la fameuse  Officina Bodoni. Première exposition à la Galerie  Tanner à Zürich.  Georg Reinhart, commerçant en gros de marchandises coloniales,  mécène réputé et sauveur éternel en cas de détresse, achète les premières œuvres de Frans Masereel. L’homme de lettres Carl Sternheim et sa femme Thea – charmés par l’homme et l’œuvre – achètent avec avidité. Stefan Zweig est un des premiers qui a sous les yeux les 150 études préliminaires de ce qu’on pourrait appeler le « magnum opus » de Masereel : Die Stadt / La Ville.  La superbe édition  bibliophile issue de la co-production franco-allemande paraîtra seulement en 1925.

Le parallélisme  avec « Les Villes Tentaculaires » d’ Emile Verhaeren est évidente .   La poésie urbaine de Paul Van Ostaijen – poète dans la ville d’Anvers occupée -   témoigne également d’un même expressionnisme humanitaire. Amitié de longue durée avec Henry  van de Velde qui continuera à défendre et  faire la promotion  de l’œuvre de son compatriote jusqu’à son dernier souffle.
1918
Edition de « Mon livre d’heures », d’abord à 200 exemplaires chez l’auteur. Pour Masereel une sorte de libération spirituelle, une explosion de joie de vivre après  les misères de la guerre ; un véritable « compendium » pour son œuvre tardive.
Fondation avec René Arcos des « Editions du Sablier ».  Vingt-cinq éditions bibliophiles sont publiées à Genève et plus tard à Paris.
1919 Premiers grands bois gravés sous forme d’estampe. Masereel se remet au travail avec pinceau et couteau à peindre.  Métamorphose extraordinaire :  le peintre à partir de 1920 ne ressemble en rien à celui d’avant 1915.  La période la plus fructueuse de l’artiste « peintre-graveur » a commencé et Masereel évolue tout doucement vers le sommet de ses moyens artistiques. Première exposition à la librairie Kundig à Genève.
1920 Réalisation de trois bas-reliëfs en bronze pour Georg Reinhart à Tössertobel. Roger Avermaete introduit Masereel dans le cercle progressiste « Lumière ». Joris Minne et Henri Van Straeten  subissent fortement l’influence de Masereel. Il leur faut un bout de temps avant de se libérer et de trouver leur propre voie. Il n’a jamais été question de la moindre influence chez les deux frères Cantré. « Les Cinq » ne se sont jamais manifestés comme une véritable « école » et n’est autre qu’une bizarrerie dans l’esprit de quelques critiques d’art. Ceci dit, la gravure sur bois connaît un renouveau spectaculaire dans nos régions.  Mais ce n’est qu’après La Grande Guerre que nos artistes flamands  seront influencés par l’expressionnisme allemand.
1921 La renommée de Masereel  s’étend  surtout en Allemagne.  Soulignons le rôle prépondérant qu’a joué l’éditeur munichois Kurt Wolff en publiant les romansimages en édition populaire avec préface d’un auteur germanophone important. « Mein Stundenbuch » connaît  un tirage de 15.000 exemplaires en trois ans. Mi-octobre Masereel voyage à Berlin en compagnie des Sternheim.  Contacts avec  de nombreux intellectuels progressistes comme :  George Grosz, Franz Pfemfert, J.B. Neumann, A. Flechtheim e.a. Première exposition à Paris à la galerie Nouvel Essor, commentariée par P.J. Jouve dans L’Humanité . La petite colonie amico-anarcho-artistique, vivotant à Genève  et composée d’expatriés, de chercheurs de fortune, de sans-papiers, de chercheurs d’asile contraint au service militaire se vide peu à peu.  Masereel hésite.  En Belgique il est toujours persona non grata.  Les autorités belges lui refusent un passeport.  Ces difficultés ne seront résolues que vers la fin des années trente. Ce sera de nouveau Paris, enfin !
1922 Illustration de  la nouvelle « Fairfax » de Carl Sternheim  avec 10 lithographies. Elles sont exposées, avec 2 lithos séparées, 12 bois gravés et 14 huiles sur toile aux Galerien Alfred Flechtheim  -  Berlin / Düsseldorf.
                    
Première exposition à la galerie Joseph Billiet.  En 1925 Pierre Vorms prend la direction de la maison et assurera les intérêts de Masereel jusqu’après sa mort. Amitié durable avec George Grosz qui ne prend fin qu’avec la migration de celui-ci aux Etats-Unis une semaine avant la prise de pouvour d’ Adolf Hitler en Allemagne. Grosz est curieusement le seul artiste-peintre avec qui Masereel s’est lié d’amitié. Ceci en contradiction apparente avec une liste interminable d’écrivains et de poètes avec qui Masereel entretient des relations amicales.  En dehors des noms déjà cités à Genève il y a aussi :  Luc Durtain, Charles Vildrac, Panait Istrati et Georges Besson.  Viennent s’ajouter encore en France :  Georges Duhamel, Francis Jourdain, Henri Barbusse et beaucoup d’autres.  Après la mort de Romain Rolland en 1944 cet autre prix Nobel Roger Martin du Gard occupera plus ou moins cette place prépondérante. Masereel a toujours évité toute discussion concernant style et technique.  Les charabias  soit -disant artistiques ne l’intéressent tout simplement pas.  Il continue à « faire son truc » sans se soucier de qui que se soit ou de quoi que se soit, avec cependant beaucoup d’estime pour certains autres.
1922 Première monographie au sujet de Frans Masereel en Allemagne.  Les auteurs sont Stefan Zweig et Arthur Holitscher.  Voyages en Allemagne et en Europe centrale.
1924 Production importante d’aquarelles et d’ huiles sur toile.  La vie dans la cité lumière inspire aussi ses bois gravés.  Visite de Stefan Zweig dans la rue Lamarck à Paris.  Kurt Tucholsky rencontre également le Flamand.
1925 Masereel commence à illustrer « Jean Christophe » de Romain Rolland.  Les cinq volumes contiennent 666 illustrations.  Une discussion au sujet de la qualité de certains bois gravés est rayée par l’amitié profonde qui relie les deux hommes.  Toutefois il faut se poser la question  en toute honnêteté s’il n’y a pas de raison plus fondamentale.  Est-ce que les travaux de l’homme du Nord Masereel ne sont pas trop rudes, trop directs , trop peu de finesses, trop peu de nuances et pas assez « latins » pour le Français érudit de formation extrêmement classique ? La commande pour illustrer l’Ulenspiegel de Charles De Coster  lui procure une joie sans pareil.  Kurt Wolff  déborde d’ambition et d’idées pour cette édition prestigieuse.   Fin novembre 1924 Masereel empoche le contrat et se met au travail avec  enthousiasme.  La passion et l’engagement personnel de Kurt Wolff sont primordiaux pour Masereel.  Il comprend parfaitement ce que cet homme signifie pour lui en territoire germanophone. Masereel achète une maison de pêcheurs à Equihen près de Boulogne-sur-Mer. Il fuit la grande ville et sa vie hectique pour retrouver enfin ce qui lui a manqué si fort :  la mer, la plage, le port  avec ses pêcheurs et les gens simples.
1926-1927 La renommée de Masereel s’accroît et le succès ne se fait pas attendre.
1928
Edition par Pierre Vorms de « L’œuvre ».  La première  dans une série de 17 éditions bibliophiles.  La série se termine  en 1977 avec la magnifique édition posthume des « Fleurs du Mal » de Baudelaire. Incroyable mais vrai :  plus de cent maisons d’éditions assureront  la distribition de l’œuvre de Frans Masereel à travers le monde.
1929 Masereel reçoit enfin un passeport des autorités belges, avec restrictions pour les pays étrangers. Treize mosaïques dans le solarium de son bienfaiteur suisse Georg Reinhart constituent une mission colossale. Dans la Kunsthalle de Mannheim Masereel reçoit le plus beau cadeau pour son quarantième anniversaire :  une grande exposition rétrospective.
1930 En collaboration avec Berthold Bartosch Masereel crée les cartons pour un film (dessin animé) basé sur son roman en images « Idée » de 1920.
1931 Monographie  exhaustive par Luc Durtain aux éditions Pierre Vorms avec Bibliographie par Hanns-Conon von der Gabelentz.
1932
Michel Seuphor (pseudonyme pour Fernand Louis Berckelaers  -  1901/1999) publie cette année chez Les Tendances Nouvelles à Paris « Un renouveau de la peinture en Belgique flamande ».  La teneur générale de l’œuvre et surtout la comparaison que fait Seuphor entre les graveurs Henri Van Straeten et Frans Masereel fait très mauvais effet auprès de  ce dernier.  Ce n’est qu’en 1990 que Michel Seuphor  - nonagénaire – se distancie très nettement de ce bouquin maudit dans un film de Rik Sauwen. Histoire à suivre. Participation  au congrès mondial contre la guerre et le fascisme à Amsterdam. Dernière exposition à Bremen  et Ulm avant la deuxième guerre mondiale. Masereel a chanté sa dernière chanson en Allemagne : sa disposition sociale-humanitaire-pacifiste n’ est nullement désirable dans le Troisième Reich.
1933 Romans en images et livres illustrés sont confisqués par le régime fasciste et  détruits dans un autodafé barbare.
Masereel continue à peindre malgré une crise artistique sérieuse.  Avec l’aide de Jean Picart le Doux il met un point provisoire à la production de ses bois gravés avec «Expiations». Il continue à collaborer à des hebdomadaires et mensuels à tendance pacifiste et anti-fasciste comme :  « Clarté », « Monde », « Vendredi », « Ce soir », et « Cahiers de la jeunesse ». Nombreux pamphlets anti-militaristes pendant les années trente et pendant la deuxième guerre mondiale.
Editions-pirates de ses romans-images en Chine à plusieurs milliers d’exemplaires.  Masereel les découvrira  en 1958, à son grand étonnement. Premier voyage en Russie.  L’œuvre de Masereel est bien connue et l’acceuil est impressionnant. Tous les aspects de la terreur staliniennne sont soigneusement escamotés pour les touristes.
1937 Illustration de cinq pièces de théâtre de Herman Teirlinck.  Edition de « La légende d’Ulenspiegel »  en deux beaux volumes par De Sikkel. Grâce à Henry  van de Velde Masereel peut réaliser un énorme bas-reliëf (1m x 3,22m) pour le paquebot « Le Prince Albert ». Pour l’exposition mondiale à Paris Masereel exécute « La famille en lecture »  -  huile sur toile en noir et blanc  -  dans le pavillon belge (1,75m x 7m). Cours de dessin pour les ouvriers du « Cercle de Peinture de l’Union des Syndicats de le Région  parisienne ».
1938
Les toiles de Masereel sont enlevées dans tous les musées allemands, cependant  elles ne sont ni détruites ni vendues.  Ses livres sont considérés comme « nuisibles » ou « non-désirables ».
1939 Masereel comprend qu’il ne peut rester neutre plus longtemps contre les menaces de la liberté et les valeurs humaines.  Il ne reste pas  aveugle non plusen face de la répression soviétique.  Le fait que l’illustrateur du front populaire ne condamne pas avec autant de vigeur le stalinisme que le fascisme est pour son ami suisse de Winterthur une source d’irritation.
1940 Mi-juin Frans et Pauline fuient la capitale via Orléans et Bellac jusqu’en Avignon.  Mopsa, la fille de Théa Sternheim,  les accompagne dans cette entreprise hasardeuse.  Masereel esquisse et dessine le récit de cet exode.  Ils essaieront de survivre en Avignon jusqu’en 1943. Contacts avec la résistance à travers Louis Aragon et sa femme Elsa Triolet. Le projet de migration en Amérique latine échoue au dernier moment.
1941 Rencontre avec l’artiste avignonnaise Laure Malclès (née en 1911).  Leur relation aboutit à un mariage en 1969 après la mort de Pauline.
1942 Courte visite aux Reinhart à Winterthur :  cure de santé et de bonne nourriture pour  remonter le moral.  Grâce à leurs amis suisses ils peuvent faire face aux circonstances souvent très pénibles de la guerre.
1943
Situation trop périlleuse en Avignon : Frans et Pauline se réfugient dans un vieux moulin à eau « Le Moulin de Bézis » en Lot-et-Garonne.  La sécurité relative et la générosité de la population locale ne peuvent masquer un manque total de confort et un isolement difficile.  En mai 1945 ils déménagent au château de Boynet où il peuvent occuper quelques chambres grâce à Louis Piérard qui rentre en Belgique.  Il y resteront jusqu’en 1949.
1945 Le bilan  des cinq dernières années est catastrophique :  leur deuxième demeure à Equihen est rasée, plus d’appartement à Paris, plus d’atelier, la galerie Pierre Vorms pillée, meubles, livres, peintures et archives partis à la brocante ou sur le marché noir, des dizaines d’amis disparus pour toujours.  La mort de Romain Rolland à Vézelay – fin décembre 1944 – est un coup dur pour Masereel. Pierre-André Bénoit (PAB), poète, romancier, éditeur-imprimeur, fondateur des « Bibliophiles Alésiens », peintre,  verrier et collagiste  met Masereel en contact avec cet autre Flamand  de la diaspora Michel Seuphor.  Résultat :  Masereel fournit une illustration pour le poème « Le feu sur la montagne » de Michel Seuphor.  Ce dernier trouve l’illustration déplorable , signifiant que Masereel n’a absolument  rien compris à cette œuvre.
Histoire à suivre.
1947 Par l’intermédiare du peintre allemand Henri Gowa, Masereel est nommé titulaire de la « Meisterklasse » à la « Schule für Kunst und Handwerk » à Sarrebrück.
Il y retrouve Laure Malclès comme professeur de la classe de mode.
1948 Première exposition en Allemagne après la deuxième guerre mondiale à la Galerie Günther à Mannheim. Georg Reinhart avec l’Officina Bodoni de Giovanni (Hans) Mardersteig et Kurt Wolff à New York avec ses « Pantheon-Books » continuent à  soutenir Masereel.
1949 Déménagement à Nice, au numéro 9 du Quai des Deux Emmanuel.  Masereel se sent ravi :  le vieux port devant sa porte avec les marins et les pêcheurs.  Il est en pleine forme pour aborder une nouvelle période créatrice jusqu’à la fin de sa  vie. 
1950 Surprise totale quand Masereel reçoit en cette année le grand prix d’art graphique à la  biennale de Venise.  Il convient de le dire : avec un retard de plus de vingt ans ! Première exposition importante dans la Kunsthalle à  Hamburg.
1951
Fin de son mandat à Sarrebrück. Le fils maudit fait sa rentrée dans son pays natal par la grande porte.  Frans Masereel est nommé membre de l’ « Académie Royale des Sciences, des Lettres et Beaux-Arts de Belgique ».  A 62 ans le Flamand devient enfin  prophète dans son propre pays. Une série interminable de petites et de grandes expositions se succèderont jusque longtemps après sa mort.  Comblé de gloire et d’honneurs, le gantois têtu reste modéré et intransigeant. La première moitié des années cinquante  voit l’atteinte d’ un sommet dans ses bois gravés.  Masereel surprend avec quelques estampes parmi les plus puissantes.
1954-1958 Renouement des liens d’amitiés avec Picasso à Vallauris.  Masereel travaille dans l’atelier de Marius Giuge ,  maître artisan-potier.  En face de lui, dans la même rue Picasso travaille chez  Madoura.   Masereel livre des prestations qui se rapprochent du génie de Picasso.  Malgré une vision artistique assez divergente  les deux hommes s’entendent merveilleusement bien.  Deux expositions conjointes résultent de cette entente cordiale.
1958 Voyage en Chine en compagnie de Laure Malclès.  Masereel s’aperçoit que les Chinois ignorent toute notion de droit d’auteur.
1959 Edition par le Verlag der Kunst à Dresden d’une monographie avec textes (posthumes) de Stefan Zweig, de Gerhard Pommeranz-Liedtke, de Pierre Vorms et un début de bibliographie par Hanns-Conon von der Gabelentz.
1960 Début d’un cycle remarquable  « Histoire de fou », plus de vingt bois gravés.  Une vision prophétique  sur les turbulences des années soixante qui façonneront le vingtième siècle.
1965 Michel Seuphor et son épouse Suzanne Plasse rendent visite aux Masereel - Quai des Deux Emmanuel – à Nice.  Rapprochement impossible entre les deux hommes qui refusent  toute réconciliation.  En revanche, les deux dames babillardes s’entendent à  merveille. Presque trente ans plus tard Seuphor se souviendra de Masereel comme « … un homme fort désagréable … / … qui nous a si mal reçus ».
Fin d’histoire.
1969 Après  son mariage avec Laure Malclès Masereel garde toujours son « bazar niçois » mais réside dorénavant en Avignon où il dispose de toutes les facilités. A l’occasion de son quatre-vingtième anniversaire, fêtes et commémorations sont organisées en Belgique et à l’étranger.  « Heureusement on n’a 80 ans qu’une seule fois ! »
1971 En juin Masereel attrape une double congestion pulmonaire, des problèmes cardiaques et une fatigue permanente en résultent.  Le travail lui est impossible.
Rien ne va plus.
1972 Frans Masereel meurt le 03 janvier 1972.
Le 08 janvier a  lieu une grande cérémonie funéraire dans le hall du Musée des Beaux Arts à Gand.  Masereel est enterré avec tous les honneurs au Campo Santo à Saint Amand.  Rarement un artiste a reçu un dernier adieu si impressionnant.
A propos d’honneurs Seuphor disait :  « Rira bien qui rira le dernier… ».

La rédaction de cette notice biographique est basée sur une large consultation des cinq œuvres de référence suivantes, à côté d’archives et de documentation personnelles :
 
  • Frans Masereel  -  monographie par Roger Avermaete  -  Fonds    Mercator Anvers – 1975
  • Frans Masereel  -  catalogue raisonné  -  Pierre Vorms & Armande Guervin - Fonds Mercator   -  Anvers  -  1976
  • Eine annotierte Bibliographie des druckgraphischen Werkes Frans Masereel  - Herausgegeben von Paul Ritter  -  K.G. Saur Verlag München  1992
  • Masereel  -  een biografie  -  Joris van Parys  -  Houtekiet  - Antwerpen  / de Prom  -  Baarn  -  1995
  • Zur Verwirklichung des Traums von einer freien Gesellschaft
    Herausgeber :  Peter Riede & Karl-Ludwig Hofmann Frans Masereel-Stiftung Saarbrücken  -  1989, à voir

Pour de plus amples informations concernant :  dessins, aquarelles, dessins aquarellés, peintures à l’huile/ toile/ papier/ contreplaqué/, oeuvres décoratives (sculptures, bas-reliefs, céramiques, peintures murales, mosaïques, vitraux, tapisseries, films, décors, costumes etc…) consulter le catalogue raisonné – œuvre scientifique par excellence - de Pierre Vorms & Armande Guervin.

Pour de plus amples informations concernant :  bois gravés, ex-libris, cartes de vœux, linos, lithos, eaux-fortes, zincographies, romans en images, livres illustrés, journaux, magazines,
monographies, articles, œuvres scientifiques, catalogues d’exposition, émissions à la radio / TV, textes de l’artiste et au sujet de lui, autographes, etc… consulter l’œuvre de Paul Ritter.